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Juin 01 2015

Au mérite, s.v.p.

Il paraît que Frank Klopas aime bien dire à ses joueurs que ce sont les plus performants qui vont jouer, que ça va aller au mérite. Eh bien, il serait temps que le coach mette en pratique ce qu'il dit. De façon générale, mais dans un cas particulier surtout : celui de Marco Donadel.

Que Donadel ait eu droit à autant de temps de jeu jusqu'ici, peu importe le niveau de jeu qu'il ait affiché, c'est normal, puisque tout club qui fait l'acquisition d'un joueur va le faire jouer à profusion pour prouver que c'était justifié d'aller le chercher. C'est comme ça dans pas mal tous les sports d'équipe.

Mais là, ça va faire.

Le match de samedi à Chicago, au cours duquel Donadel s'est fait expulser en raison de deux cartons jaunes écopés rapidement, alors que le milieu italien a encore péché en y allant de tacles maladroits, est la goutte qui a fait déborder un vase qui était déjà plein à ras bord, mais qu'on se retenait de signaler jusqu'ici, puisque l'équipe allait bien.

Mais là, après le match de samedi, fini le silence, alors que Donadel a été le pire des cancres au cours d'une rencontre où les cancres ont pourtant été nombreux du côté de l'Impact.

C'est bien beau lui donner sa chance et lui donner le bénéfice du doute, vient un temps où il faut faire ce qui est juste. Et d'y aller au mérite. Au véritable mérite, selon ce que tous et chacun donne sur le terrain, et pas seulement en fonction de son c.v., pas en fonction de qui l'a recruté et pourquoi.

Le match de samedi a été un microcosme du début de saison dans son ensemble en ce qui concerne Donadel : il s'est amené ici en tant que milieu défensif, mais il ne semble guère utile en défense, même qu'il est souvent nuisible. Samedi, d'ailleurs, à un moment donné il s'est aventuré quasiment jusque dans le tiers offensif pour se mettre à la poursuite du ballon que faisait circuler l'adversaire dans son territoire, y allant alors d'efforts complètement inutiles puisqu'il était trop lent pour gêner suffisamment le porteur du ballon.

Il avait alors l'air d'une poule sans tête qui cherchait à dire à tout le monde : vous voyez, je travaille fort! Je travaille fort! Je travaille fort… Euh, où est rendu le ballon? Merde! Faut que je me replie maintenant…

On disait par ailleurs  qu'il allait être celui qui allait faire la première passe afin de relancer l'attaque, qu'il avait l'oeil pour ça; mais ça, on ne l'a pas vu souvent jusqu'à maintenant.

Donadel a eu de bons moments dans les victoires de l'Impact ces dernières semaines, comme l'a souligné Klopas après la défaite de 3-0 à Chicago, samedi, mais la vérité, c'est qu'il n'en a pas eu en nombre suffisant pour qu'on s'en souvienne – et surtout, pour faire oublier les mauvais moments.

En Ligue des Champions, c'était pas mal, puisqu'il se retrouvait face à un style plus latin, plus technique, alors au moins il n'avait pas un impact trop négatif sur le rendement de l'équipe même si son influence n'était pas particulièrement positive non plus.

Mais là, en MLS, où le physique se retrouve souvent à l'avant-plan, par grands bouts le vétéran de 32 ans a l'air d'un joueur perdu sur le terrain, du joueur qui n'est pas à sa place. Il donne notamment l'impression du joueur à qui on a demandé de tacler parce que la MLS est une ligue robuste, mais qui ne sait pas tacler, donc chaque fois qu'il essaie de tacler, il se met dans le trouble. Sa série de cartons jaunes depuis un mois en est la preuve.

La seule qualité qu'on peut lui trouver, en fait, c'est son placement défensif. Mais encore là, après des années à jouer en Italie, on espère au moins qu'il a assez écouté les consignes à l'entraînement pour comprendre au moins ça.

Les Italiens, quand ils sont à leur plus chauvins, aiment bien entretenir le mythe que les footballeurs italiens sont les meilleurs au monde en raison de leur intelligence tactique. Parfois, on a presque l'impression qu'on essaie indirectement de nous faire croire qu'un chaudron italien vaut mieux qu'un joueur nord-américain solide.

Donadel est en train de prouver que ce n'est pas le cas. Un chaudron, italien ou pas, c't'un chaudron, finalement.

Ou, du moins, Donadel est un chaudron dans le contexte particulier de la MLS.

La direction de l'Impact doit maintenant réaliser que la filière italienne a bien servi le club mais que là, on étire la sauce, dans le cas de Donadel du moins. Le temps est venu de faire face à la réalité et de se détacher émotivement de ce temps révolu, à moins de dénicher un autre Di Vaio ou un autre Nesta, c'est-à-dire un joueur qui un véritable vécu, et qui a le goût de vivre une aventure intéressante sur le plan humain.

Les gars qui viennent ici pour s'entraîner pendant leurs vacances, et qui jouent ensuite comme s'ils étaient encore en vacances même une fois leur contrat signé, ça, on peut laisser faire.

LE CHOUCHOU DU PATRON?

L'Impact nous avait promis un bon joueur en embauchant Donadel mais là, le moment est venu de respecter une promesse bien plus importante : se qualifier pour les séries. Et pour se qualifier en vue des séries 2015 de la MLS, va falloir cesser de faire ses choix d'effectif en fonction des critères 'chouchou versus pas chouchou'; va falloir vraiment y aller avec les plus méritants.

Et si Donadel continue d'obtenir du temps de jeu tout en continuant d'afficher le niveau de jeu erratique qu'il montre jusqu'ici, va falloir conclure qu'il est non seulement un chouchou de la direction, mais tout en haut de la liste des chouchous.

Et si Klopas continue de louanger le jeu de Donadel alors qu'il semble être le seul à voir les choses ainsi, va falloir commencer à se demander si le temps de jeu qu'on donne au milieu italien n'est pas une commande qui vient d'en haut. Ce qui ne serait pas une première dans l'histoire du club.

Ce n'est peut-être pas ce qui se passe dans les faits, mais de plus de plus de gens vont commencer à se demander si c'est le cas. Comme l'a souligné un 'twitteux' après le match de samedi, si mettre Donadel sur le terrain ne se justifie pas d'après ce qu'on voit de lui sur le terrain, on va conclure que les raisons qui expliquent son temps d'utilisation sont attribuables à des facteurs qui viennent d'en dehors du terrain.

Et si un jour, parmi ces gens qui se posent de telles questions, on commence à retrouver un nombre grandissant de joueurs de l'Impact, eh bien, ce jour-là Klopas est foutu. Et la saison sera bien vite foutue elle aussi, puisque les performances sans lustre comme celle de samedi à Chicago risquent de se multiplier. Si le temps de jeu ne va pas aux plus méritants, pourquoi se forcer?

Frank, t'es chanceux, Donadel va être suspendu pour le match de mercredi contre Vancouver. T'as donc le temps de penser à ton affaire. Mais éternise-toi pas, les matchs d'après viennent vite.