«

»

juil 11

Calum Mallace, toujours là

Finale de la ligue des champions concacafPhoto: Patrick Woodbury Avouez-le : quand l'Impact a fait l'acquisition de Marco Donadel et Nigel Reo-Coker avant le début de la présente saison de la MLS, en plus de conclure une nouvelle entente avec Patrice Bernier, vous ne donniez pas cher de la peau de Calum Mallace. Et pourtant, le milieu  de terrain joue plus souvent que jamais avec l'Impact cette saison.

La saison dernière, au sein d'une équipe montréalaise qui occupait le dernier rang du classement de l'Association de l'Est et qui manquait de profondeur au poste de milieu défensif après les départs de Hernan Bernardello et Collen Warner, Mallace a commencé à jouer régulièrement pour la première fois en trois saisons dans la MLS. Cette année, malgré l'arrivée de joueurs au pedigree international comme Donadel et Reo-Coker à la même position, le jeune Mallace est utilisé encore plus fréquemment.

C'est ainsi qu'après avoir participé à 23 matchs et obtenu 12 départs en 2014, pour un total de 1122 minutes de jeu en championnat de la MLS, l'Américain de 25 ans a amorcé 10 des 12 matchs auxquels il a pris part et il affiche déjà 841 minutes de jeu au compteur. Il est donc en voie de connaître sa campagne la plus occupée jusqu'ici au sein du circuit Garber.

Mallace a évidemment fort bien réalisé, durant la dernière saison morte, que la compétition à l'interne allait être beaucoup plus féroce cette année. Mais il n'a pas paniqué. Il a continué de faire sa petite affaire, en faisant confiance au destin.

«Quand un joueur voit des embauches comme celles-là, il peut choisir de l'ignorer et de faire comme si rien n'était. Mais c'était l'évidence même qu'il y avait tous ces joueurs de qualité qui évoluaient à la même position que moi», a noté Mallace lors d'un entretien avec La 90e minute cette semaine, à l'approche du match de samedi soir au stade Saputo contre le Crew de Columbus. «J'ai bien vu tout ça, mais je ne l'ai pas pris dur, je ne me suis pas dit, 'Oh non, je ne vais plus jouer'. J'ai plutôt pensé, 'Wow, ce sont de bons joueurs, en espérant (que la direction) pense que je suis un bon joueur aussi et que tout le monde cherchera à se rendre meilleurs les uns les autres à l'entraînement.

«Frank (Klopas) avait bien dit qu'il voulait bâtir une équipe qui a de la profondeur. Et c'est ce qu'il a fait à différentes positions même si, malheureusement, en raison de nombreuses blessures, ce n'est pas nécessairement évident en ce moment. Mais je crois que l'Impact a une excellente équipe, qui compte beaucoup de joueurs de talent, surtout au milieu.

«Et effectivement, la dynamique dans l'équipe est telle que nous nous poussons les autres à l'entraînement. C'est comme en Europe où, si un joueur ne produit pas, il va vite être remplacé par un autre qui a tout autant de talent. Et je crois que c'est ce que nous avons au poste de milieu.»

Même s'il a décidé de relever le défi de la compétition à l'interne de façon sereine, Mallace reconnaît qu'il est surpris d'avoir été utilisé aussi souvent par Klopas jusqu'ici en 2015.

«Évidemment, j'ai confiance en mes moyens et je savais que j'avais les atouts qu'il faut pour être un joueur partant dans cette équipe, a souligné Mallace. Je suis content que le personnel d'entraîneurs ait confiance en moi, lui aussi. C'est une chose de croire en soi, mais que les entraîneurs et tes coéquipiers, quand ils voient ton nom dans le onze partant, et considèrent qu'avoir Mallace là, c'est une journée ordinaire au bureau… Je suis un peu surpris, oui, d'avoir joué aussi souvent, et je suis très content. J'espère que je vais continuer à jouer et à produire.»

Une partie de la recette du succès de Mallace réside sans doute dans sa capacité à vivre constamment dans le moment présent.

Photo: Patrick Woodbury «C'est quelqu'un qui ne passe pas son temps à se demander pourquoi il ne joue pas, a noté Bernier. Ce que j'aime de lui, c'est qu'il ne se pose pas trop de questions. Bon, c'est sûr qu'en tant que milieu de terrain, il devrait analyser le jeu un peu plus; mais ce qui est bien, justement, c'est qu'il ne se pose pas trop de questions. Il joue et, quand il fait une erreur, il ne commence pas à calculer, il cherche tout de suite à aller reprendre le ballon, à trouver une façon de se remettre dans le match.»

«Je le vois aller depuis quatre ans et, même si on joue à la même position, je suis content pour lui parce qu'il a beaucoup progressé et il a gagné ses minutes de jeu», a souligné Bernier.

MERCI, PATRICE

Mallace a louangé Bernier à son tour, alors qu'il a fait remarquer que le vétéran milieu brossardois l'a beaucoup aidé dans son cheminement. Et ce même si, en principe, les deux sont en concurrence pour les mêmes minutes de jeu.

À titre de milieu «box to box», qui se distingue par son volume de jeu dans une ligue où le volume de jeu est un élément jugé important, Mallace a dit avoir beaucoup travaillé sur son niveau de forme physique. Mais il précise aussi que les conseils de Bernier lui ont été très précieux au fil de son développement dans les rangs professionnels.

«Après les entraînements, je cherchais souvent à faire du temps supplémentaire, pour travailler ma finition, mes passes, des choses comme ça… Et Patrice restait souvent avec moi pour faire ces petits extras lui aussi», a indiqué Mallace.

«Patrice m'a aidé à grandir comme joueur. C'est un joueur qui a énormément d'expérience et je suis reconnaissant de pouvoir dire qu'il est un bon ami. Il m'a appris beaucoup de choses, sur le terrain et en dehors. À l'entraînement, il va souvent profiter d'une pause pour boire et venir faire un petit commentaire sur des petites choses, ici et là.

«Nous jouons tous deux à la même position et c'est difficile quand un joue et pas l'autre, mais j'essaie d'agir en professionnel et je sais pertinemment bien que Patrice, lui, est un grand professionnel. Il essaie toujours de m'aider, même cette année. Il n'a pas les minutes de jeu qu'il aimerait sans doute avoir, mais il m'aide à tous les matchs, avant et après, il me dit ce que je peux faire de mieux, comment je peux aider cette équipe à gagner des matchs.»

RECULER POUR MIEUX AVANCER

Pour devenir un titulaire, Mallace a toutefois dû accepter de reculer. C'est ainsi qu'il a été prêté au Minnesota United FC, un club de la NASL, en juillet 2013, ce qui lui a permis de jouer souvent et de prendre confiance, ce que les rares matchs en ligue-réserve de la MLS ne lui permettaient pas vraiment de faire à l'époque.

Ce séjour chez lui, qui par le fait même lui a permis de se ressourcer auprès des siens puisqu'il a grandi au Minnesota, lui a permis d'aborder la saison 2014 d'un autre œil.

«Ç'a fait du bien de pouvoir jouer à ma façon, de rebâtir ma confiance, a souligné le colosse de six pieds un pouce. Quand je suis retourné à Montréal, la saison venait de se terminer, alors je n'ai pas eu l'occasion de faire mes preuves tout de suite. Mais j'étais déterminé à travailler fort durant la saison morte, afin de revenir et de montrer que j'avais vraiment évolué. Que j'avais acquis de la maturité, que je pouvais agir en leader sur le terrain.

«Au camp d'entraînement (en vue de la saison 2014), j'étais prêt à y aller, a-t-il ajouté. Quand tu es un jeune joueur dans la MLS, tu es peut-être parfois nerveux ou timide… Mais là, j'avais amélioré tous les aspects de mon jeu. Le fait d'avoir eu autant de minutes de jeu, d'avoir retrouvé le rythme de jouer à tous les matchs, j'avais confiance et j'avais alors la mentalité d'un joueur qui s'attend à jouer sa part de matchs.»

Il a fallu un concours de circonstances pour que cette porte s'ouvre, mais depuis qu'elle s'est ouverte, elle ne s'est plus refermée.

DANS LE MOMENT PRÉSENT

Mallace en a donc fait, du chemin, depuis qu'il a été repêché au premier rang du deuxième tour du SuperDraft de 2012. L'Impact avait alors fait beaucoup de bruit en sélectionnant Andrew Wenger au tout premier rang de la première ronde, mais beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis – la preuve, c'est que Wenger s'est retrouvé sous d'autres cieux, tandis que c'est Mallace qui est devenu un joueur en qui la direction accorde beaucoup de confiance.

«Quelqu'un m'a dit, l'an dernier, qu'il y avait plusieurs joueurs qui avaient été repêchés avant moi et après moi cette année-là, et qui ne jouent même plus au soccer, a indiqué Mallace. J'étais très surpris d'apprendre ça. Je suis très reconnaissant d'être encore là et de pouvoir faire ce que j'aime faire. À tous les jours, je cherche à faire le travail qu'il faut faire pour essayer de m'améliorer.»

C'est d'ailleurs cette attitude qui lui a permis de passer au travers les saisons 2012 et 2013, alors qu'il a très peu vu d'action en MLS et ressentait une certaine frustration.

«Mes parents m'ont appris, plus jeune, qu'il fallait toujours travailler fort, ne jamais baisser les bras, ne jamais abandonner ses rêves. Je suis le genre de joueur qui, quand les circonstances ne me favorisent pas, je m'attelle à la tâche et je travaille à chaque jour. Je ne le prends pas personnel si je ne suis pas dans la formation; ma réaction, c'est de chercher ce que je peux faire de mieux pour y être en vue du match suivant. C'est cette approche que j'avais durant les deux premières années.»

Photo: Patrick Woodbury «À ses débuts, un jeune joueur, tu vois des bons moments chez lui, mais c'est difficile de les répéter, a expliqué Bernier. C'est souvent la question que la direction se pose, les autres joueurs dans l'équipe aussi; peut-il répéter dans un match ce qu'il vient de faire (à l'entraînement)? Parfois, c'est difficile de le montrer quand on est jeune, parce qu'on ne te donne pas la chance de jouer, et tant qu'on ne te teste pas dans un contexte de match, on ne peut pas le voir.

«Mais année après année, (Mallace) a pris de l'expérience. Il se présente à l'entraînement, il donne ce qu'il a à donner, il est allé en prêt et en a retenu les leçons, a ajouté le Brossardois. Il est jeune et c'est une ligue où c'est basé sur la jeunesse. Il couvre beaucoup de terrain, il apporte de la combativité et aussi, il se débrouille balle au pied; match après match, on voit qu'il prend de la confiance.»

LE REPÊCHAGE DE 2012

Mallace semble décidément un joueur capable de saisir les occasions quand elles se présentent. S'il est aujourd'hui en MLS, c'est parce qu'à l'origine, il a réussi à se mettre en valeur lors du camp de dépistage (combine) de la ligue qui a précédé le repêchage de 2012.

«J'ai joué mon soccer collégial à Marquette, qui a un excellent programme sportif puisqu'il fait partie de la division 1 dans la NCAA, a indiqué Mallace. Mais j'étais le premier joueur de soccer de Marquette à avoir été invité au combine de la MLS, alors je n'avais aucune idée à quoi m'attendre. Et il n'y a pas beaucoup de monde qui connaissait mon nom quand je suis arrivé là, parce que Marquette n'avait pas eu beaucoup de succès au soccer dans les années précédentes.

«Mais j'ai fait le travail qu'il y avait à faire au combine, et voilà que dans les simulations de repêchage faites par différents analystes à l'approche de la séance, on s'est mis à écrire que j'allais partir quelque part parmi les 10 ou 12 premiers du premier tour, a raconté Mallace. Je n'en croyais pas mes yeux. Et comme de raison, j'ai fini par être choisi seulement au deuxième tour.

«Mais j'étais heureux juste d'avoir été invité au combine, et d'avoir été sélectionné aussi, peu importe le rang. D'avoir regardé le repêchage avec mes amis et ma famille à Marquette – je n'étais pas allé à la séance, je suis revenu après le combine –, c'était une expérience irréelle et c'est un souvenir qui me restera cher pour toujours.

«J'avais fait une entrevue avec l'Impact pendant le combine, et avec d'autres équipes aussi. Quand j'ai reçu l'appel de Jesse Marsch (alors l'entraîneur de l'Impact) une fois repêché, il m'a dit qu'il était surpris qu'on ne m'ait pas réclamé avant, qu'il était très heureux de m'avoir…»

Deux entraîneurs plus tard, il semble que Frank Klopas soit du même avis : Calum Mallace est sous-estimé par plusieurs, mais pas à ses yeux.

Après avoir passé une demi-heure à discuter avec un jeune homme aussi articulé et affable, on peut seulement être que du même avis que Patrice Bernier : tant mieux pour lui.