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juil 18

Déjà parti dans sa tête?

Voilà quelques semaines déjà qu'on attend le moment propice pour publier notre entretien avec Nigel Reo-Coker, et ce moment ne vient pas puisque le milieu anglais ne joue presque plus depuis le moment de l'entrevue…

Et voilà qu'à la lumière du départ de Baky Soumaré dans le tumulte, certains spéculent que Nigel Reo-Coker pourrait être le prochain joueur à partir.

Voilà un raisonnement plus que logique, compte tenu qu'il ne joue plus, sauf quelques minutes en fin de match, comme s'il était un jeune à qui on veut donner un petit peu de temps de jeu pour lui donner de l'expérience.

Mais Reo-Coker est, à 31 ans, un vétéran aguerri qui n'a plus besoin de période d'apprentissage.

Le raisonnement est par ailleurs logique, aussi, en raison de ces rumeurs datant du mois de mai à l'effet qu'il irait jouer au mois d'août à Crystal Palace, où le manager est Alan Pardew, qui avait dirigé Reo-Coker à West Ham par le passé.

On ne dit que pas que la présence sur le banc de Reo-Coker est injuste pour lui. Au contraire. Même qu'on va vous dire que selon nous, c'est tout à fait justifié.

Parce que Reo-Coker semble avoir déjà quitté Montréal dans sa tête.

Vous êtes quelques-uns à l'avoir déjà détecté dans son langage non-verbal. Et moi, dans mon cas, je l'avais décelé lors de l'entretien avec NRC. C'était notamment apparent dans sa façon de réagir quand j'ai évoqué son temps de jeu comme latéral droit, ce qui l'avait amené à se rebiffer de façon inattendue. J'en avais d'ailleurs fait un article à ce moment-là, dont vous retrouverez le lien ci-bas.

Mais en réécoutant l'audio de l'entretien, cette semaine, j'ai relevé d'autres passages qui, à la lumière des événements récents, deviennent intéressants à lire. À lire entre les lignes surtout.

LA SEULE PORTE OUVERTE

C'est ainsi, quand j'ai demandé à Reo-Coker dans quelles circonstances s'est terminée sa carrière en Angleterre et pourquoi il a choisi la MLS en vue de la saison 2013, il a répondu ceci.

«Pour moi, tout est comme tombé en place. Tout est arrivé très vite, a-t-il dit. À ce moment-là, pour moi, au stade où j'en étais rendu dans ma vie, j'ai juste pensé qu'un changement serait bon pour moi. Alors j'ai essayé quelque chose de différent.»

Après avoir insisté un peu pour savoir pourquoi il était devenu souhaitable de quitter l'Angleterre, et donc un des meilleurs championnats au monde, alors qu'il avait pourtant été capitaine à peu près partout par où il est passé, il a répondu ceci.

«Comment le décrire… Les choses arrivent pour une raison. À ce moment-là, c'était la porte qui s'était ouverte à moi, alors j'ai pensé, tu sais quoi, pourquoi pas. Laissez-moi essayer ça, essayer quelque chose de différent, et vous savez quoi, ç'a bien fonctionné. J'ai beaucoup appris. C'est une opportunité qui s'est présentée, je l'ai saisie, et j'ai beaucoup appris.»

Et je lui a demandé pourquoi la MLS et pas ailleurs en Europe :

«C'était en quelque sorte la seule porte qui s'est ouverte rapidement, et ç'a bien fonctionné. C'était alors arrivé très vite, l'opportunité était là, et je me suis dit, essayons ça pour voir.»

À Vancouver, avec les Whitecaps, Reo-Coker s'est retrouvé sous les ordres de Martin Rennie, qui lui avait été chaudement recommandé.

«Le manager à Vancouver (Rennie) avait travaillé avec un de mes meilleurs amis d'enfance, Chris Nurse, quand il était en Caroline (avec les RailHawks en NASL), a indiqué Reo-Coker. J'ai eu quelques conversations au téléphone, j'ai discuté avec des gens au club. Et ç'a fonctionné, c'était quelque chose de différent à essayer.»

Donc, ce que nous en déduisons, c'est que les portes étaient fermées pour lui en Angleterre et il a saisi la perche, peut-être la seule perche, qu'on lui tendait.

Mais là, compte tenu qu'il ne joue plus, que Frank Klopas et la direction semblent avoir fait une croix sur lui, on risque de savoir très vite si ces rumeurs avec Crystal Palace sont véridiques ou non.

D'autant plus qu'il est possible que Reo-Coker n'ait jamais voulu venir à Montréal initialement.

Car lorsqu'il a décidé de passer de l'Angleterre à la MLS, l'histoire dit que c'est Portland qui avait le premier choix pour le repêcher. Reo-Coker avait clairement exprimé sa préférence pour Vancouver, et c'est là qu'il a abouti.

Donc, il a été un peu maître de sa destinée dans ce cas-là, semble-t-il.

Mais son passage à Montréal, le fait que l'Impact l'ait réclamé, Reo-Coker nous a dit qu'il n'a rien vu de cela venir d'avance.

Mais peut-être qu'on relie des points là où il n'y a pas lieu d'en relier. Reste que ça ne se présente pas bien pour l'avenir immédiat de Reo-Coker à Montréal.

DU BON TEMPS À WEST HAM

Si la porte à Crystal Palace est effectivement ouverte pour Reo-Coker, il faut s'attendre à ce que le vétéran milieu anglais fasse tout pour emprunter ce chemin. Car lorsqu'on lui demande avec quelle équipe il a été le plus heureux lors de son séjour chez les professionnels en Angleterre, celui qui a été recruté par Wimbledon à l'âge de 14 ans mentionne d'emblée West Ham, équipe qui était alors dirigée par Pardew, qu'il retrouverait à Crystal Palace.

Reo-Coker nous a raconté cette époque, en mettant le tout en contexte.

«Il y avait initialement eu entente entre Wimbledon et Portsmouth, il y a Harry Redknapp qui voulait acheter mes droits de Wimbledon. À l'époque, (Portsmouth) était en Premier League. L'administrateur (de Wimbledon) n'était pas vraiment au courant de comment les choses se passaient, et il a fini par annuler l'entente. J'avais eu le coeur brisé.»

Reo-Coker est donc resté encore un peu à Wimbledon, puis c'est ensuite Pardew, à West Ham, qui s'est manifesté pour acheter ses droits.

«La première année, nous (West Ham) sommes venus à un cheveu d'obtenir notre promotion en Premier League, nous avions perdu en finale contre Crystal Palace, a raconté Reo-Coker. La deuxième année, nous avons obtenu la promotion. Pour moi, à l'époque, en tant que jeune joueur, en fin de compte j'étais content de ne pas avoir été acheté par un club de la Premier League et de m'y retrouver directement, je trouvais plus satisfaisant le fait d'avoir dû plutôt obtenir le droit d'y être promu avec mon club et de mériter ma place comme ça.

«Et je dirais que l'atmosphère qu'il y avait dans le vestiaire, avec cette équipe de West Ham qui a obtenu sa promotion, et qui a ensuite disputé sa première saison en Premier League, était une des meilleures que j'ai vues de ma carrière. Il y avait tellement de personnalités différentes, des joueurs avec du caractère; l'esprit de camaraderie et d'amitié était formidable.

«Même à notre deuxième année (en Premier League), nous avions connu des difficultés, mais nous sommes parvenus à rester en Premier League en remportant notre dernier match de la saison, à l'étranger, contre Manchester United. Et je crois que cette année-là, c'était la première fois qu'une équipe de la Premier League réussissait à arracher six points à Manchester United et six points à Arsenal au cours de la même saison.»

Bref, Reo-Coker a tissé des liens indélébiles durant son séjour à West Ham, notamment avec Pardew. Cela suffira-t-il pour lui valoir une deuxième chance en Angleterre?

La réponse, peut-être, d'ici quelques jours.

En attendant, notre texte d'archives sur l'aversion qu'éprouve Reo-Coker pour la position de latéral droit :