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Juin 01 2015

Face aux meilleur(e)s au monde

Rudy Doliscat est l'entraîneur parfait pour guider les joueuses de l'Équipe du Québec lorsqu'elles affronteront la sélection féminine de France, ce mercredi à Laval. Parce qu'il sait exactement quelles émotions elles vivront.

Les Valérie Sanderson, Amandine Pierre-Louis, Émilie Fillion et compagnie se mesureront à certaines des meilleures joueuses au monde, mercredi à 14h au Centre sportif Bois-de-Boulogne, puisqu'elles se retrouveront face aux joueuses françaises qui disputeront la Coupe du monde féminine, quelques jours plus tard, et seront même parmi les favorites pour tout rafler.

Doliscat, qui a hérité du poste d'entraîneur de l'équipe québécoise parce qu'il est l'un de ceux qui veille au développement de l'élite d'ici au sein du programme des Équipes du Québec et du CNHP, a vécu la même chose en 1994 comme joueur. Cette ananée-là, il a fait partie de la sélection canadienne masculine qui a disputé des matchs amicaux contre le Brésil, l'Espagne, l'Allemagne, le Maroc et les Pays-Bas.

Les sélections de ces pays avaient affronté le Canada dans le cadre de leur préparation d'avant-Coupe du monde. Le Mondial avait eu lieu aux États-Unis cette année-là. C'était le même contexte, donc, que la France cette année, puisque les Bleues s'arrêtent à Montréal cette semaine en prévision de la Coupe du monde féminine, qui aura lieu du 6 juin au 5 juillet dans six villes canadiennes.

Doliscat, lui, se rappelle de l'ampleur du défi qu'il allait affronter. Il jouait alors comme défenseur avec l'Impact et n'avait jamais joué en sélection nationale avant ça.

«C'est assez exceptionnel de jouer contre des équipes de ce niveau-là, a indiqué Doliscat lorsque La 90e minute a abordé le sujet avec lui. Ce sont des équipes qu'on voit évoluer à la télévision, et veut, veut pas, un joueur de soccer se demande, est-ce que j'aurai ma place, est-ce que je serai capable d'exister sur le terrain avec ces joueurs-là?

«D'avoir eu la chance en 1994 de jouer contre ces nations-là, je pense que d'un côté ça nous a donné confiance, et de l'autre côté, à certains égards ç'a nous a fait comprendre qu'on était quand même assez loin (de leur niveau) et qu'il fallait qu'on travaille très fort pour l'atteindre.

«Quand on les regarde à la télévision, ça peut paraître facile, ça nous amène à penser qu'on est capable de faire la même chose; mais une fois qu'on est sur le terrain avec des joueurs de ce niveau-là, on se rend compte rapidement pourquoi ils sont là (et pas nous).»

Car même si, à l'occasion de ces matchs pré-Coupe du monde, les joueurs canadiens ont donné l'effort de leur vie pour prouver leur valeur et que les joueurs des équipes adverses ne jouaient qu'en dilettante – pour eux, ces matchs étaient seulement une occasion d'effectuer les dernières mises au point avant la vraie compétition –, Doliscat a pu mesurer toute l'étendue du talent des joueurs brésiliens, allemands, néerlandais et autres.

«Déjà, à l'entraînement, avant le match contre le Brésil, on a pu le voir, alors que nous, on a tenu une séance où on a pratiqué nos coups francs, et je pense que sur une cinquantaine de coups francs tirés, il y en a peut-être eu deux qui ont été cadrés; et les Brésiliens, quand ils ont pris le terrain quelques minutes après, dans leur cas, neuf frappes sur 10 étaient cadrées. Donc, déjà là, on s'aperçoit qu'il y a un niveau technique différent», a décrit Doliscat, qui a participé à certains de ces matchs de pré-Coupe du monde en compagnie de deux autres joueurs de l'Impact, soit John Limniatis et Nick Dasovic.

«Et le match contre le Brésil, c'est vrai qu'on a fait match nul 1-1… mais même du banc, on avait le sentiment qu'ils pouvaient marquer à n'importe quel moment, que ces équipes-là décident quand elles veulent accélérer», a dit Doliscat du match disputé en juin 1994 devant 51 936 spectateurs au stade du Commonwealth à Edmonton.

«Le match contre l'Allemagne, qu'on a perdu 2-0 sur deux actions, dont une sur un corner où on a pris un but de la tête, chaque fois que nous, on pensait pouvoir accélérer le jeu ou pouvoir aller au bout d'une action, eh bien on se faisait reprendre le ballon par un Lothar Matthäus qui avait quasiment 35 ans (33 en fait) à ce moment-là.

«Donc, quand tu es sur le terrain, tu t'aperçois que c'est bien ce qu'on fait, mais tu réalises aussi que ce qui se passe au niveau international, au niveau des équipes qui participent à la Coupe du monde, ce sont vraiment les meilleurs.»

LA VISITE DES BLEUES

Même s'ils n'ont pas été de tout repos, ces matchs pré-Coupe du monde en 1994 font partie des plus beaux souvenirs dans la carrière de Doliscat et il est fort probable que les Québécoises qui affronteront la France, mercredi, vivront le même phénomène.

Non seulement elles en garderont de précieux souvenirs, mais ça pourrait aussi s'avérer un match qui aura un impact important sur la suite de leur carrière.

«Ça va leur permettre de voir et de toucher au haut niveau, a souligné Doliscat. Dans le cadre de l'entraînement au CNHP, je peux parler toute la journée de la vitesse, je peux parler de la qualité dans l'exécution, je peux parler de l'engagement physique et mental nécessaires pour pouvoir accéder à ce niveau-là; mais parce qu'on n'a pas un niveau professionnel très élevé ici, c'est impossible pour elles de faire le lien, d'y toucher.

«Donc, ce match-là va leur permettre de voir c'est quoi le haut niveau. Et ensuite, peut-être en retournant chez elles, dans leur environnement, elles chercheront à faire les ajustements nécessaires à leur façon pour pouvoir éventuellement accéder à ce niveau-là.

«(Les joueurs québécoises qui disputeront le match) sont des demoiselles qui ont joué pour la sélection nationale U-17 et qui ont joué à la Coupe du monde des moins de 20 ans, et qu'on aimerait éventuellement voir chez les seniors, a par ailleurs noté Doliscat. Mais lorsqu'on regarde l'équipe nationale senior (du Canada) sur les 10 à 15 dernières années, il n'y a pas beaucoup de Québécoises. Et je pense qu'une des raisons, c'est que les filles de chez nous n'ont pas accès au vrai haut niveau. Ce match-ci, ça va être pour elles une occasion de voir vraiment c'est quoi (le haut niveau).»

Pour ceux qui y voient là un jugement sur la valeur de la W-League, vous avez raison, c'en est effectivement un. Mais Doliscat n'est pas le seul à penser ainsi.

Mais ça, c'est un tout autre sujet. Nous y reviendrons bientôt.

Pour plus de détails sur le match Québec-France de mercredi : Un Québec-France historique