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jan 30

Indoor Man

Nick Sisti, c'est un peu le Superman, le Batman ou le Spiderman du soccer intérieur québécois. Il est celui qui va venir à votre rescousse en la matière.

Les complexes de soccer intérieur, l'homme de 63 ans, il connaît ça. Il compte maintenant une expérience de près de 20 ans dans le domaine, lui qui a géré le premier complexe de soccer intérieur à 11 contre 11 dans la province, le Soccerplexe Catalogna à Lachine, avant de se retrouver responsable du volet soccer (et autres sports que le hockey) au Complexe sportif Bell à Brossard. Depuis cet hiver, à titre de directeur des opérations soccer chez Scitec Management, il dirige le Complexe dôme multi-sports Volkswagen des Sources, à Baie d'Urfé, dans l'ouest de l'île de Montréal.

D'ailleurs, si vous avez gravité le moindrement dans le monde du soccer montréalais au fil des d'années et que vous êtes allé voir du soccer à l'un ou l'autre de ces endroits, sans doute que vous l'avez croisé dans le corridor. Ou même discuté avec lui, puisque Sisti est toujours ici et là, à veiller au grain, à rencontrer son monde, à jaser de choses et d'autres pour s'assurer que tout le monde a ce dont il a besoin.

Dans ses fonctions, au fil des ans, Sisti a répondu aux questions d'un bon nombre de personnes intéressées, elles aussi, aux opérations d'un centre de soccer intérieur. Des personnes d'un peu partout au Québec, mais aussi de l'étranger. En quelque sorte, il est devenu celui que vous allez voir quand vous voulez tout savoir sur les centres intérieurs.

Sisti a par ailleurs assisté de près à l'évolution du marché des centres intérieurs de soccer au Québec, et ils nous en a parlé d'ailleurs un peu, comme vous le constaterez plus loin dans cet article.

Mais avant, il nous a raconté son cheminement qui a fait de lui un spécialiste du domaine. Un cheminement où il est littéralement parti de zéro car, lorsqu'il a commencé, Sisti n'en connaissait pas plus sur les complexes de soccer intérieur que vous et moi. En fait, peut-être un peu plus, mais pas tant que ça.

DÉBUTS MODESTES À LACHINE

Comme dans bien des histoires à succès, tout a commencé pour Sisti avec un creux de vague sur le plan professionnel.

«À l'âge de 45 ans, j'avais été mis à pied par Bell Canada, après 18 ans dans l'entreprise, et en tant que père de deux enfants et propriétaire d'une maison, je me cherchais du travail, a raconté Sisti. Je connaissais la famille Catalogna, j'allais à la même école quand j'étais jeune, et nos enfants se connaissaient.»

Chez les Catalogna, on avait pour projet de bâtir un centre de soccer intérieur à Lachine. On avait besoin d'un homme de confiance pour rester sur place et veiller au bon fonctionnement des opérations.

«J'ai proposé de m'impliquer et ils m'ont rappelé le lendemain. Ils ont dit, regarde, on n'en sait pas plus que toi (sur les centres intérieurs), alors on commence ensemble dans le domaine», a raconté Sisti, qui avait quand même eu quelques discussions auparavant, sans aller plus loin, avec une autre personne dans le but de lancer un centre intérieur dans l'Ouest de l'île. Il était donc familier avec le concept général, soit d'avoir un centre intérieur avec terrain de soccer aux dimensions normales, avec une boutique, un restaurant et un bar.

«Il y en avait déjà quelques-uns, des centres du genre, dans l'Ouest du Canada, un peu aux États-Unis aussi», se rappelle Sisti.

Armé d'un simple diplôme d'entraîneur en soccer, obtenu pour qu'il puisse diriger ses enfants, qui jouaient au foot, Sisti est devenu le visage du Soccerplexe Catalogna en 2001. L'année suivante, l'Impact a commencé à s'y entraîner régulièrement. L'endroit a été un succès… et a vite suscité la curiosité.

«J'ai eu la visite d'un peu tout le monde. On voulait savoir comment ça fonctionnait, des gens qui voulaient construire ailleurs… J'ai même eu la visite du ministre du Tourisme du Maroc, qui voulait construire huit terrains synthétiques couverts dans le désert.»

DANS L'UNIVERS DES GLORIEUX

Un jour, Sisti a reçu la visite d'un autre homme, un Québécois celui-là. De fil en aiguille, il a appris que cet homme tâtait le terrain en vue d'un projet des Canadiens de Montréal, projet qui allait devenir le Complexe sportif Bell à Brossard. Non seulement était-on intéressé à savoir comment ça fonctionnait dans ce domaine, mais on était intéressé à aller chercher l'expertise que Sisti s'était bâtie en huit ans de travail à Lachine.

Sisti s'est donc retrouvé dans la grande famille des Canadiens, où on l'a chargé de développer une clientèle pour le terrain de soccer qui jouxte les deux patinoires au complexe brossardois.

«Toutes les associations de soccer de la région sont venues chez nous, a indiqué Sisti. Brossard, Saint-Lambert, Saint-Hubert, Boucherville, des sport-études d'écoles… ça allait bien. On a atteint le double des objectifs qu'on avait au début. On faisait des activités spéciales, des foires commerciales, des championnats de karaté, des écoles de soccer… L'Impact venait s'entraîner chez nous, les Alouettes aussi, alors avec les Canadiens, ont avait les trois équipes professionnelles qui s'entraînaient chez nous.»

Et c'était 'cool' de se retrouver dans le petit monde du CH, a-il reconnu.

«J'ai eu la chance de connaître plusieurs des joueurs, de connaître la famille Molson, d'aller à des fêtes de Noël l'hiver, des BBQ l'été… J'étais vraiment bien.»

Sisti est resté six ans au total à Brossard mais après cinq années, il commençait à sentir qu'il avait fait le tour du jardin. Quand l'opportunité du Complexe des Sources s'est présentée, il a donc écouté.

«On a discuté une première fois, mais je n'étais pas sûr, alors le propriétaire a dit qu'il me rappellerait après avoir commencé à construire.»

Entre-temps, les événements se sont précipités quand Sisti a appris un bon matin, en se présentant à son bureau à Brossard, que son poste allait être aboli en raison d'une restructuration de l'organigramme. On lui offrait six mois de salaire comme forfait de départ.

«J'étais sur le point de donner un avis de deux semaines comme quoi j'allais quitter! Je me disais qu'en retournant dans l'Ouest de l'île, j'allais me sauver du voyagement – à Brossard, j'avais une heure de route à faire le matin, une heure de route pour revenir le soir. C'était un beau cadeau du ciel!»

Sisti a donc pris six semaines de vacances l'été dernier, puis a commencé à Baie d'Urfé en août.

«C'est un retour aux sources pour moi, comme dans le temps à Catalogna. Je suis là sur place, c'est juste le propriétaire et moi, je peux m'occuper des choses directement, et il y a quelques étudiants pour s'occuper des heures le soir et les fins de semaine. Il y a le terrain, le restaurant, le bar, la boutique…»

Sisti est devenu une telle référence en matière de soccer intérieur que bien des gens l'ont suivi à Baie d'Urfé.

«Le club de Lakeshore est notre principal client, a-t-il dit. Et il y a encore des gens qui viennent me voir pour s'informer parce qu'ils veulent construire leur centre eux aussi. Ils aiment bien notre concept, avec un dôme fixe et un annexe devant, un bâtiment où on peut louer des salles en haut…»

L'ÉVOLUTION DES CENTRES INTÉRIEURS

Évidemment, pendant tout ce cheminement, Sisti a vu les complexes de soccer intérieur pousser comme des champignons un peu partout dans la province.

«Catalogna a été le premier en 2001 et aujourd'hui, en 2015, il y a 22 complexes à travers le Québec, je pense. Des dômes, des structures fixes… Ça montre que la demande est grande, que le soccer continue d'être en expansion. Les enfants peuvent s'entraîner 12 mois par année, ça va nous permettre de nous améliorer même si le Canada est encore loin au classement mondial…»

Le marché est encore loin d'être saturé, dit-il, comme le prouve le fait que le demande continue de grandir même si les heures de location sont devenues assez dispendieuses, proches de ce qu'on voit au hockey dans les arénas.

«On n'est pas encore comme le hockey et le patinage artistique, où les gens commencent à 5h le matin, parce que la demande est tellement forte. Mais ça s'en vient, a noté Sisti. Je me rappelle qu'à Catalogna, on offrait du temps de location à partir de 7h le matin, samedi et dimanche, et les gens nous disaient qu'on était fous, ils ne voulaient pas venir avant 9h au début… Deux ans plus tard, ils prenaient les disponibilités à 8h. Et quand j'ai quitté, après 8 ans, les activités commençaient à 7h et il y avait de la demande.

«Et ici, à Baie d'Urfé, on commence à 7h et c'est plein. Les gens viennent ici avec leurs enfants, prennent un café pendant l'entraînement, puis ils s'en vont et ils ont encore toute leur journée devant eux.»

Même si 90 pour cent du chiffre d'affaires provient du soccer juvénile, le soccer senior reste un marché lucratif, selon Sisti.

«Le marché en croissance, ce sont les plus vieux. Tous les complexes, c'est avec le bar, le restaurant que l'argent se fait. Les adultes, quand ils viennent jouer, ils restent après pour manger, prendre un verre, socialiser.»

Comme on l'écrivait plus haut, louer un terrain de soccer reste une dépense assez significative, mais c'est à l'instar de ce qu'on observe dans tous les sports, a noté Sisti.

«Les jeunes de 10 ans qui jouent au hockey, je les voyais se promener à Brossard avec deux bâtons à 300$ chacun… Alors tout est relatif.

«Même au soccer… Je me souviens qu'il y a 20 ans, on pouvait disputer une saison au complet avec une paire de souliers à 75$. Maintenant, tout est à 200$ ou 300$ la paire, et ils passent au travers trois paires à chaque saison…»

Comme quoi les temps changent. Dans le soccer, comme dans tout.