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déc 08

Le tirage le plus signifiant

La Québécoise Rhian Wilkinson en était, samedi, à son quatrième tirage au sort de la  Coupe du monde à titre de joueuse de l'équipe canadienne féminine senior. Et c'est celui-ci qui comportait la charge émotive la plus forte.

Tout d'abord, parce que le tirage au sort en vue d'un des événements sportifs les plus importants du sport féminin avait lieu à l'occasion d'une journée importante pour les femmes, puisqu'il s'agissait aussi du 25e anniversaire de la fusillade de Polytechnique.

«Je suis Montréalaise et pour moi, c'est très signifiant que le jour de l'anniversaire de cette terrible tragédie contre les femmes, le Canada puisse célébrer ce tournoi incroyable qui s'en vient l'an prochain. Les femmes ont fait beaucoup de chemin», a souligné Wilkinson lors d'un entretien téléphonique avec La 90e minute alors qu'elle se trouvait à Vancouver, où elle venait de participer au visionnement public du tirage au sort.

Il y a aussi le fait que ce tirage lui a permis de rendre «plus vrai et concret» un tournoi qui sera disputé chez elle, dans son propre pays, parce que ça lui permet maintenant «de savoir qui on va affronter, à quel moment, à quelle heure».

Il y aura notamment ce match du Canada le 15 juin au Stade olympique à Montréal. Elle a eu un avant-goût des sensations que cela procure quand elle a accompagné, à titre d'entraîneure adjointe, l'équipe canadienne des moins de 20 ans lors d'un match au Stade olympique au Mondial U-20, l'été dernier, mais elle reconnaît qu'il y aura une plus-value cette fois, puisque ce sera à titre de joueuse qu'elle le fera.

«Je suis très heureuse de cette occasion de jouer à la maison, je ne l'ai pas fait depuis 2003, a noté celle qui a grandi dans la région du Lac St-Louis. Je suis très fière d'être originaire de Montréal et du Québec, et d'accompagner mon équipe (à Montréal) va être un fait saillant pour moi, c'est sûr.»

Le Canada, qui fait partie du groupe A, y affrontera alors les Pays-Bas. C'est là une équipe qui en sera à sa première Coupe du monde féminine chez les seniors, mais dont le niveau ne cesse de monter comme en fait foi sa 15e place au classement mondial.

«On affronte souvent les Néerlandaises en Coupe de Chypre, et ce sont toujours des matchs serrés contre elles, a indiqué Wilkinson. C'est une équipe transformée par rapport à ce qu'on a vu par le passé, notamment parce qu'elles ont une jeune joueuse qui marque beaucoup de buts.»

Wilkinson fait allusion à l'attaquante de 18 ans Vivianne Miedema, une joueuse qui s'aligne avec le Bayern Munich en Bundesliga féminine. Elle a inscrit 16 buts en match de qualification.

Le Canada disputera ses deux premiers matchs dans le groupe A à Edmonton, d'abord contre la Chine le 6 juin, puis le 11 juin contre la Nouvelle-Zélande. Ce deuxième match sera empreint d'émotion pour John Herdman, le sélectionneur de l'équipe canadienne, puisque c'est en Nouvelle-Zélande qu'il a travaillé comme entraîneur et directeur technique avant de s'amener au Canada.

«Je suis certain que John aurait préféré éviter la Nouvelle-Zélande, à cause des liens émotifs que cela va évoquer, a affirmé Wilkinson. Il a vécu et travaillé là pendant une longue période, ses enfants sont nés là-bas, il a beaucoup d'affection pour ce pays-là, mais ça reste une équipe que nous devons battre. L'élément émotif sera sur les épaules de John et sur elles, pas sur nous, les joueuses.»

Même si la sélection canadienne féminine, huitième dans le monde, est mieux classée que tous ses adversaires dans le groupe A – la Chine est 14e et la Nouvelle-Zélande, 19e -, l'équipe devra offrir son meilleur soccer pour passer en huitième de finale, selon Wilkinson.

«Ce sont toutes des équipes bien classées et il n'y aura aucun match facile, a-t-elle dit. Ce sont des équipes contre lesquelles nous avons disputés des matchs (amicaux) serrés, et même perdu. On va vraiment être mises à l'épreuve.»

Les deux meilleures équipes de chacun des six groupes, ainsi que quatre formations qui finiront troisième, accéderont aux matchs de huitième de finale. Le Stade olympique sera l'hôte d'un d'entre eux, le 21 juin, ainsi que d'un match des quarts de finale (26 juin) et de demi-finale (30 juin).

Auparavant, les amateurs de soccer du Québec pourront voir les équipes du groupe E à l'oeuvre au Stade olympique lors des deux premières journées du tournoi à la ronde, les 9 et 13 juin, soit le Brésil, la Corée du Sud, l'Espagne et le Costa Rica.

Pour conclure la phase de groupe, outre le match Canada/Pays-Bas le 15 juin, l'autre duel prévu à Montréal sera celui entre l'Angleterre et la Colombie, le 17 juin.

Ce sera la première fois qu'il y aura 24 équipes en phase finale du Mondial féminin senior, et certains matchs pourraient être déséquilibrés, a convenu Wilkinson. Mais il fallait passer par là, selon elle.

«Il va peut-être y avoir quelques matchs qui n'auront pas tout à fait le niveau souhaité, mais il fallait (passer à 24 équipes) pour faire en sorte que le niveau de jeu augmente, a-t-elle souligné. C'est ce qu'on a vu chez les hommes. Quand ils ont ajouté des équipes à la Coupe du monde masculine, il y a certainement eu des matchs où on voyait que les équipes n'étaient pas encore prêtes pour évoluer au niveau mondial, mais comment peux-tu y arriver si tu ne commences pas à jouer à ce niveau? C'est donc formidable pour le soccer féminin.»

Voici la composition des six groupes, à la suite du tirage au sort effectué samedi à Ottawa. Le groupe de la mort, selon pas mal tout le monde, étant le groupe D:

GROUPE A
Canada
Chine
Nouvelle-Zélande
Pays-Bas
GROUPE B
Allemagne
Côte d'Ivoire
Norvège
Thaïlande
GROUPE C
Japon
Suisse
Cameroun
Équateur
GROUPE D
États-Unis
Australie
Suède
Nigeria
GROUPE E
Brésil
Corée du Sud
Espagne
Costa Rica
GROUPE F
France
Angleterre
Colombie
Mexique