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août 28 2014

Les femmes reviendront bientôt

Première femme dans le monde à devenir entraîneur-chef d’une sélection nationale féminine de soccer, dans les années 1990, Sylvie Béliveau constate que de plus en plus d’hommes se retrouvent à la barre d’équipes de femmes. Mais le retour du balancier s’en vient, dit-elle.

Les femmes à la barre d’équipes étaient rares quand le soccer féminin a commencé à s’organiser à l’échelle internationale, dans les années 1980, puis celles-ci se sont manifestées petit à petit.

La Coupe du monde féminine U-20 de cette année, disputée en sol canadien, a toutefois permis de constater que les femmes sont devenues rares à nouveau.

C’est ainsi que dans le carré final du Mondial U-20, on retrouvait une seule femme entraîneur-chef, Maren Meinert, en tête de la sélection allemande.

Béliveau, une Sherbrookoise qui a agi comme chef d’équipe du groupe d'étude technique de la FIFA à la Coupe du monde U-20, est aussi responsable du développement à long terme du joueur à l'Association canadienne de soccer. Elle reconnaît que les hommes sont plus nombreux de nos jours, maintenant que le soccer féminin a gagné beaucoup de crédibilité.

«En senior, il y a beaucoup de femmes qui ont été remplacées par des hommes, a-t-elle reconnu lors d’un récent entretien. Moi, j’ai vécu les années où les hommes refusaient (un poste avec une sélection féminine). Même quand on leur offrait l'équipe nationale féminine (senior), ils refusaient.

«Maintenant, il y a plus d’argent. Ce n’est plus un travail que tu fais pour des pinottes. C’est devenu un poste d’une envergure intéressante.

«Ce que je trouve malheureux, c’est qu’on a un peu oublié les femmes (ex-joueuses) qui ont une expérience de la Coupe du monde.»

Le retour du balancier s’en vient, juge toutefois Béliveau. Au Canada notamment, où John Herdman, l’entraîneur-chef du programme féminin canadien, recrute consciemment des joueuses afin de les intégrer au monde du coaching.

C’est ainsi que ce n’est pas un hasard si Rhian Wilkinson, une Québécoise qui joue encore avec la sélection canadienne, était l’adjointe d’Andrew Olivieri avec l’équipe canadienne à la Coupe du monde U-20. Elle a obtenu un essai au sein du programme et son bon travail lui a valu de continuer jusqu’au Mondial.

Et c’est là un phénomène qui risque de se répéter de plus en plus.

«À mon époque, on aurait pu demander aux femmes qui ont joué à la Coupe du monde de 1995, par exemple, de continuer comme entraîneur. Mais celles qui ont continué, ça s’est fait un peu malgré notre système», a noté Béliveau.

En ce sens qu’après avoir fait des sacrifices financiers et professionnels pour jouer avec l’équipe nationale, il aurait fallu qu’elles continuent de sacrifier leur carrière pour continuer à faire du soccer, cette fois comme entraîneur.

«C’est sûr que les femmes n’allaient pas prendre cette chance dans un tel contexte, alors que les opportunités n’étaient pas garanties, a souligné Béliveau. Celles qui ont continué, elles l’ont fait aux États-Unis.»

Mais les femmes qui jouent aujourd’hui avec l’équipe nationale vivent un contexte différent. Pour elles, le soccer est leur profession à temps plein. Passer du statut de joueuse à entraîneur se fait donc de façon beaucoup plus naturelle, explique Béliveau. Elles n’ont pas de «première» carrière à sacrifier puisque leur carrière première c’est le soccer, justement.

«Rhian Wilkinson, par exemple, a joué en Norvège, puis elle est revenue ici et a continué de jouer (en NWSL, en W-League et avec l’équipe canadienne). Elle n’a donc pas à changer sa vie pour devenir entraîneur.»

BONIFIER LA VIE EN CLUB

Lorsqu’elle dirigeait la sélection canadienne, Béliveau avait plusieurs défis à relever. L’un d’eux était le manque de compétition dans les moments où ses joueuses se retrouvaient en club.

«Au début, le calibre des structures de compétition était tellement bas… Les joueuses devaient performer à un niveau de 8 sur 10 à l’international pour survivre, mais en retournant dans leur club, il suffisait d’un trois ou cinq sur 10 pour qu’elles soient quand même la meilleure. Donc, les joueuses n’avaient pas besoin d’afficher de la constance dans leurs performances.»

La situation s’est améliorée de nos jours, notamment avec la W-League, mais elle est encore loin d’être parfaite.
«Il faut encore travailler à trouver quelque chose qui permettra aux joueuses de se développer à tous les jours», a noté Béliveau.

Le modèle de la France ou de l’Allemagne, qui ont leur propre championnat féminin, n’est peut-être pas envisageable, selon Béliveau, car le jour est loin où le Canada pourra avoir sa propre ligue nationale féminine.

Mais la W-League est loin d’être l’idéal parce que c’est là une ligue contrôlée par les Américains. Et ceux-ci désirent que cette ligue permette simplement aux joueuses de la NCAA de jouer quelque part pendant la saison morte estivale.

Mais ce n’est pas là quelque chose qui répond aux besoins du soccer canadien. Celui-ci pourrait profiter d’une compétition où la saison est plus longue, même si elle ne s’étend pas à la grandeur du pays.

Selon Béliveau, il faut trouver une solution qui permettra à la sélection canadienne de délaisser progressivement son approche actuelle, qui l’oblige à garder les joueuses en résidence plusieurs mois par année.

«La W-League, on ne la contrôle pas. Je rêve d'une ligue où l'entraîneur national canadien peut rencontrer les huit, 10 ou 12 entraîneurs (de club) et avoir une conversation avec eux et dire, on s'en va dans cette direction-là, cette joueuses-là qui a 17 ans doit jouer avec des plus vieilles, ou pas…

«Ce sont des choses qui se passent en Allemagne. Il faut que tu aies une certaine collégialité. Si on ne travaille pas ensemble, c'est sûr que ça va toujours être pénible.»