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avr 22

Précisions sur le «retour» du Dynamo

Oui, l'ARS Québec est en voie de faire revivre le Dynamo de Québec et de chapeauter une structure de nature régionale, mais cela ne signale pas un retour au système pur et dur des sélections régionales d'antan. La structure de clubs instaurée par la FSQ en toujours en vigueur partout en province, y compris dans la capitale québécoise.
Quand Jean-Pascal Ladroue, le directeur général de l'ARS Québec, nous a parlé de structure régionale et d'équipes juvéniles dans un article publié le 10 avril dernier, cela ne faisait aucunement référence à la renaissance d'une structure de sélections régionales comme c'était le cas il y a 10 ans et plus, c'est-à-dire à l'époque où les rangs de la LSEQ, des catégories juvéniles U-15 jusqu'aux seniors, étaient composés de sélections régionales détectées et gérées par l'ARS.

Le retour du Dynamo nouvelle mouture, dans les faits, vient seulement compléter la structure de clubs (mise en place en 2006 au Québec), en administrant seulement le volet senior – dans ce cas-ci, dans le but de mettre sur pied une équipe senior semi-pro qui se joindra bientôt à la PLSQ. Et si le Dynamo a des équipes juvéniles, c'est seulement de façon ponctuelle, dans l'idée que celles-ci soient complémentaires aux activités des clubs de la région.

Éric Leroy, le directeur technique de la Fédération de soccer du Québec, nous a expliqué ce qu'il en est dans ce dossier, qui n'est pas unique à l'ARS Québec puisque le FC Gatineau, qui a une équipe en PLSQ, est en fait parrainée par l'ARS Outaouais de concert avec les clubs de cette région. La 90e minute en a profité pour tenter de vider la question.

ACCOMMODEMENT RAISONNABLE

La 90e MINUTE : Donc, la structure de clubs est toujours en vigueur, il ne faut pas interpréter le retour du Dynamo de Québec comme un retour en arrière vers l'ancienne structure des sélections régionales?

ÉRIC LEROY : Du tout. On a démarré la ligue semi-professionnelle il y a quatre ans, après trois à quatre ans de travail préparatoire. Donc c'est un processus qui a démarré il y a sept ans à peu près. On avait alors débloqué le système de franchises régionales, qui avaient différents modèles mais qui, à la fin de la journée, faisaient en sorte que les enfants de 13 ans devaient tous se retrouver à un même endroit (pour jouer au niveau AAA). Ce déblocage a fait en sorte que tous les clubs avaient le droit de faire de l'élite, alors que jusque-là, c'était l'association régionale qui avait le monopole exclusif et garanti de faire l'élite juvénile à partir de l'âge de 14 ans.

Mais par rapport au plan qui avait été émis, un certain nombre de choses ont été faites et un certain nombre de réalités sont apparues. Et une des réalités qui est apparue, c'est que huit ans plus tard, on peut se rendre compte que la structure de clubs, comme on la souhaitait, n'est pas encore arrivée à maturité (dans toutes les régions), parce que les clubs sont souvent des monstres de gestion, aussi bien humainement qu'en terme d'infrastructures, etc.

Ceci étant dit, on a quand même décidé de démarrer une ligue semi-pro (la PLSQ, en 2012), parce qu'on se disait à quoi bon faire de l'élite juvénile si, à l'exception des quelques rares joueurs qui peuvent jouer professionnel en MLS ou ailleurs, il n'y a pas d'autre niveau de compétition intéressant.

90eM : Il fallait partir le bal pour que le reste suive en donnant une raison aux clubs de mieux se structurer.

EL : Voilà. Donc, dans nos plans, la logique c'était que les clubs qui étaient devenus autonomes depuis 2006 puissent, sur la base de critères, postuler et avoir une équipe semi-professionnelle. Mais la vérité, c'est qu'autant le soccer amateur est maintenant libéré (de la structure régionale) au niveau du AAA, autant il est vrai que peu de clubs ont la capacité par eux-mêmes de réunir les fonds et les énergies pour pouvoir aligner une équipe semi-professionnelle.

Donc, on est arrivé à la conviction que, pour les dix prochaines années, il n'y a pas de problème à ce que le niveau senior semi-pro soit cautionné, encouragé – différents modèles peuvent exister – par une association régionale afin de pérenniser et de permettre au moins de démarrer un niveau professionnel masculin.

À Québec, le fait demeure que tous les clubs de Québec qui peuvent et qui en gagnent le droit sur le terrain peuvent faire du AAA, aussi bien au niveau juvénile qu'au niveau senior AAA. Mais parallèlement, il y a une entente entre tous les clubs (de l'ARS Québec) que c'est l'association régionale qui va soutenir le projet régional senior semi-professionnel.

90eM : Ce sont les clubs locaux qui ont donné la permission à l'ARS de le faire…

EL : Absolument. Jean-Pascal (Ladroue, le directeur général de l'ARS Québec) et Helder (Duarte, l'entraîneur-cadre) m'ont garanti que c'était bien un consensus, pour ne pas dire une acceptation totale des clubs de garder leur autonomie au niveau du AAA, mais pour le projet semi-professionnel, d'unir leurs forces sous la bannière de l'association régionale.

90eM : Jean-Pascal nous avait expliqué, même si ce n'était pas dans l'article, que même si le Dynamo a des équipes U-17 et des U-15, reste que ces équipes ont des activités très ponctuelles, complémentaires à ce que ces joueurs font en club… Le Dynamo, dans sa composante juvénile, ne représente donc pas une activité à temps plein.

EL : À partir du moment où tous les clubs sont d'accord avec ça, moi je n'ai pas de problème, si ce n'est que moi, j'insiste sur deux choses : ça doit avoir un caractère ponctuel, c'est-à-dire que c'est une sélection pendant un moment donné, pour un événement donné; et deuxièmement, dans le cheminement qui est expliqué aux enfants de la région de Québec, jouer pour le Dynamo c'est pour ceux qui veulent faire du sport de haut niveau, mais qui n'ont pas su percer au niveau national/international, ni au niveau provincial en ce qui concerne les Équipes du Québec. Donc c'est un troisième choix pour l'élite régionale qui n'a pas percé.

Donc, il faut que ce soit clair que pour un enfant de 12 ans, l'objectif final n'est pas de jouer dans le Dynamo de Québec, c'est d''essayer d'être dans sa sélection régionale U-13 (en vue des Jeux du Québec), puis de faire les Équipes du Québec, puis de faire les équipes nationales ou le soccer professionnel. Et si le joueur ne réussit pas, il a encore une voie au niveau régional qui lui permettra de faire du sport à un niveau intéressant en dehors, ou après, ou pendant l'université.

LE PARALLÈLE BELGE

90eM : Donc, pour être absolument clair, la situation actuelle, qu'on retrouve à Québec mais aussi avec le FC Gatineau, est très différent des sélections régionales à l'époque, où les ARS avaient leur sélection dans toutes les catégories juvéniles, des U-15 à senior… Et que c'était le seul chemin vers l'élite – et le seul scénario viable.

EL : C'est clair. Avant 2006, tous les bons joueurs d'une région devaient jouer dans une équipe régionale qui faisait le championnat en LSEQ. Maintenant, il y a juste au niveau semi-professionnel qu'on retrouve ça, alors que dans certains endroits, là où il y a peu de clubs qui ont la capacité (de jouer en PLSQ), ça peut être chapeauté par l'ARS avec l'accord des clubs. Donc, à Québec, ils vont continuer d'avoir des équipes seniors et juvéniles AAA, mais en plus ils ont un club semi-pro qui va être soutenu par l'association régionale avec l'accord des clubs.

90eM : Puisqu'on est là-dessus, vidons la question : pourquoi la structure de clubs est-elle préférable à celle des sélections régionales comme on l'avait à l'époque?

EL : L'explication est assez longue! Selon les chiffres de 2006, au Lac St-Louis il y avait 822 enfants de 13 ans cette année-là. Alors si moi, je prends les 20 meilleurs que j'estime, en mon âme et conscience, être les meilleurs pour jouer en AAA, et que ceux-ci resteront en AAA jusqu'à la fin de leur carrière senior, ça lance différents messages complètement stupides.

Tu dis d'abord à 782 enfants qui n'ont pas été retenus, 'Toi t'as 13 ans, c'est fini, parce que tu n'arriveras pas en AAA'. Et tu dis, surtout, à tous les clubs, que ça ne sert à rien de travailler, ça ne sert à rien d'avoir des projets, parce qu'à 13 ans, de toutes façons, les enfants ne peuvent plus grandir dans leur club…

Et aussi, tu dis à 20 enfants que tu as choisis, en toute âme et conscience, avec le meilleur entraîneur, le meilleur détecteur, tu dis, 'Toi tu es dans l'élite, et tu y es, et personne ne prendra ta place parce qu'il n'y a pas de montée-descente, parce qu'il n'y a personne d'autre qui peut y arriver'… Ça, c'était à l'antithèse de tout ce qu'on cherche à faire (en matière de développement).

En Belgique où, à deux millions d'habitants près, on a la même population que le Québec… Là, il y a 18 clubs professionnels en Ligue 1, 18 autres en Ligue 2, donc ça fait 36 académies du style de l'Impact de Montréal, pour une même population, donc une ici versus 36 là-bas…

Ce qu'il est également intéressant de savoir, c'est que non seulement il y a 36 clubs professionnels, mais à 150 km ou moins t'as PSV Eindhoven, t'as le FC Cologne, t'as Lille, t'as Metz, t'as une quinzaine de clubs français, hollandais, anglais… Mais la fédération belge, dans son aile néerlandophone, elle fait quand même huit centres nationaux en plus, et du côté francophone, six. Ça veut dire que tu as 50 endroits, pour une même population, où l'enfant est préparé pour essayer d'aller jouer professionnel. Alors qu'au Québec, on a un endroit (l'académie de l'Impact), plus le CNHP.

Tout ça pour dire que si tu ne laisses pas les opportunités à un jeune âge, alors tu tues le talent, tu tues l'initiative, et tu dis à ceux qui sont dans le système, ne travaille plus, tu y es. Et si je prends les chiffres en France, qui a toute la structure de la Belgique et beaucoup plus encore, 65 pour cent des joueurs arrivent dans les académies des clubs professionnels après l'âge de 16 ans. Donc, s'il n'y avait pas de football semi-professionnel, s'il n'y avait pas de football amateur, il n'y aurait plus d'Équipe de France, il n'y aurait plus de championnat professionnel.

Ce qui est très ancré au niveau canadien et québécois, c'est que pour bien faire (en matière de développement), il faut être très nombreux. Moi, je dis non, le nombre c'est le déni du travail. Il faut un nombre minimum pour avoir une arborescence, une pyramide qui tienne la route, mais trop, c'est du gaspillage.

Tout ça pour répondre que plutôt d'avoir 10 ARS qui ont un droit divin de faire l'excellence, tu as 300 clubs, dont une centaine ou 60 vont travailler pour les 10 places qu'il y a (en PLSQ). Et ça, ça change toute la dynamique. Sauf que c'est plus compliqué, parce qu'il faut plus de coachs, il y aura plus de mobilité…

EN RÉSUMÉ

90eM : Québec, Gatineau, donc, c'est comme un compromis où on accepte que les régions s'impliquent dans un contexte où cette région n'est pas près d'avoir une masse critique de clubs aptes à exceller au niveau semi-professionnel… L'implication de la région assure une stabilité à long terme en attendant qu'un club soit capable d'assurer cette stabilité…

EL : Aujourd'hui, pour la ligue semi-pro, il y a deux modèles. Il y a des clubs qui pensent qu'ils sont capables de le faire humainement et financièrement, donc c'est le cas de Blainville, c'est le cas d'Outremont, de Longueuil, c'est le cas de Lakeshore cette année. Et tu as un schéma avec Gatineau, où ils ont gardé le nom d'une ville mais c'est l'association régionale qui met tous les moyens humains et quand je dis humains, c'est pas simplement l'entraîneur, c'est le secrétariat pour faire les annonces de match, la publicité, etc. Ils offrent une opportunité (à des joueurs), mais ça ne remet en rien en question le fait que les autres clubs peuvent continuer à faire du soccer senior AAA.

Mais il ne faut pas oublier qu'on a perdu des combattants, on a perdu Montréal-Nord, perdu Boisbriand, qui suivait le modèle de club mais qui n'était probablement pas prêt… Donc, moi je suis très confortable avec le fait que pour les dix prochaines années, le football semi-pro soit supporté d'une façon ou d'une autre par les associations régionales, parce que c'est peut-être plus prudent de s'appuyer sur une structure régionale pour le senior senior semi-pro. Mais je parle bien du soccer senior semi-pro. Pas des juvéniles.

90eM : Éric Leroy, merci.

NDLR : Voici l'article du 10 avril dernier sur la présence éventuelle du Dynamo de Québec en PLSQ :