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Mai 29 2015

Soccer-FIFA-Corruption

Les accusations déposées à l'endroit des membres de la FIFA ayant trempé dans la corruption ont fait grand bruit cette semaine. Comme si l'affaire sortait de nulle part. Mais ce n'est pas du tout le cas.

Il fallait avoir les yeux bouchés pour ne pas savoir, ou du moins deviner, que la corruption est un problème endémique et chronique au sein de l'organisme de régie du foot mondial.

Pendant mes 13 années au pupitre des sports à La Presse Canadienne, j'en ai traduit en ta, des dépêches d'Associated Press traitant des tractations louches se déroulant à la FIFA. C'était devenu à ce point fréquent, en fait, qu'entre traducteurs de la PC, nous avions pris l'habitude d'identifier ces textes-là sur le fil de presse de la même façon : SOCCER-FIFA-CORRUPTION.

Bien souvent, ces traductions étaient publiées dans les dernières pages du cahier des sports, ou même dans les brèves, mais il y avait un flot relativement continu de nouvelles du genre, si bien qu'ils sont devenus l'objet, entre confrères au pupitre, de 'running gags' dont le niveau de sarcasme était plutôt prononcé. Il faut dire qu'il y avait matière à entretenir le cynisme.

Et dans mon cas, je savais pertinemment bien qu'il ne s'agissait pas d'un cynisme déplacé puisqu'en ayant frayé dans le monde du soccer depuis 1986, et ayant donc côtoyé plusieurs Québécois qui ont oeuvré dans le giron de la FIFA dans différents rôles, je savais fort bien que la corruption n'était pas seulement un problème chronique à la FIFA, mais quasiment une culture d'entreprise érigée en système.

Selon les nombreuses anecdotes entendues, pas tout le monde y trempait, bien sûr, mais la masse critique était suffisamment forte pour que ces Québécois-là finissent par croiser, tôt ou tard, quelqu'un qui s'était laissé tenter par le côté obscur de la force, si bien qu'ils devaient eux-même décider de quel côté ils allaient pencher – en mettant la main dans le pot à biscuit eux aussi (par exemple en trafiquant leur compte de dépenses, un classique) ou en faisant le choix conscient de rester propre, en se disant que leurs compétences suffiront et permettront de cheminer quand même avec succès.

Alors quand Joseph Blatter dit qu'il ne peut pas surveiller tout le monde qui trempe dans la corruption, permettez-nous de rire (jaune) un peu, et de lancer avec sarcasme que c'est là faire preuve d'un cynisme dont même l'ancien maire de Montréal Gérald Tremblay, pourtant le roi de l'aveuglement volontaire, n'a jamais osé faire preuve.

PAS DANS MA COUR

Selon ce qu'on nous dit, les chances que ce genre de corruption entache notre soccer à nous, que ce soit au niveau provincial québécois ou canadien, sont minces. S'il y en a, on le cache très bien, même à ceux qui se retrouvent dans les sphères élevées du pouvoir. Mais on nous assure que s'il y a des choses qui clochent avec le système ou encore avec la comptabilité, ce n'est pas du tout en raison de tricheries systématiques, mais plutôt d'une forme ou une autre d'incompétence – une incompétence qui mène à des décisions mal avisées, mais faites dans la bonne foi, avec une certaine naïveté.

Tant mieux. Au moins, la naïveté, c'est moins difficile à corriger.

Mais ça ne veut pas dire que le scandale qui frappe la FIFA en ce moment ne doit pas nous amener à faire un examen de conscience dans notre petite cour à nous.

Parce qu'il y a certaines choses qui se passent ici que nous amènent à se poser des questions, et nous amènent surtout à nous demander si on agit au nom du côté obscur de la force ou de la bonne foi.

Quand un club local se retrouve avec des parents qui veulent 'débarquer' leur conseil d'administration à la moindre décision impopulaire, et que parfois ils intentent même toutes sortes de procédures et que les membres du CA répondent avec des contre-poursuites et on finit par se retrouver avec deux comités parallèles qui passent le plus clair de leur temps à tirer la couverte d'un bord et de l'autre, au point de paralyser le fonctionnement du club et de laisser les enfants en plan, faut-il y voir des gens qui ont agi de bonne foi, ou ont-ils choisi le côté obscur de la force?

Quand des gens deviennent 'bénévoles' seulement pour brasser leurs affaires personnelles 'on the side', ou pour se faire payer de beaux voyages sportifs dans des tournois aux frais de la reine, a-t-on tort d'y voir des intentions malsaines, est-on trop tatillon, ou faut-il se résigner au fait que c'est 'normal'?

Quand une campagne électorale, au lieu d'être caractérisée par la promotion positive du programme et des promesses de chacun des candidats en présence, est parsemée de rumeurs qui ont pour but de miner la crédibilité d'un candidat et de forcer celui-ci à démentir et à longuement expliquer pourquoi ces rumeurs n'ont aucun sens, est-ce là un comportement de bonne guerre, ou est-ce là une façon de faire à courte vue qui risque d'être plus nuisible que bénéfique puisqu'elle amènera les gens à se méfier de la personne qui sera élue, peu importe c'est qui? (Et le pire, ici, c'est que je ne fais pas allusion à seulement une campagne en particulier).

Quand des communications de la FSQ, pourtant légitimes, ne se rendent pas à un nombre important de membres au niveau du terrain parce qu'il y a des dirigeants d'ARS qui insistent pour se charger de ces communications elles-mêmes et ne le font pas, ou le font avec un tel retard que ça rend la communication inutile, est-ce là une incompétence de bonne foi ou est-ce une lutte de pouvoirs qui se fait au détriment des jeunes?

Pensez-y, et revenez-moi avec une explication, je suis bien curieux d'entendre votre 'spin' là-dessus, question de voir si vous allez me faire rire (jaune) ou non, comme l'a fait Blatter cette semaine…

Je n'insinue pas que ces gestes-là sont aussi graves que ceux posés par les corruptibles de la FIFA. Après tout, ce ne sont pas des comportements passibles de peines de prison. Ce n'est pas du même acabit.

Sauf que… On ne vole peut-être pas d'argent dans notre beau et plus meilleur pays au monde, mais on n'est pas exempts de péchés. Car des histoires de luttes de pouvoir et de conflits de personnalité, de refus de travailler ensemble pour le bien des jeunes, ça… Ah, ça, j'en ai entendu des dizaines et dizaines d'histoires à ce sujet. En bien plus grand nombre que les histoires de corruption à la FIFA.

Ces histoires ont peut-être l'air cocasses comparées aux stratagèmes érigés par les corrompus de la FIFA, mais ça reste des mesquineries qui sont quand même nuisibles, si ce n'est que parce qu'elles viennent saper le moral et les énergies de plusieurs, plusieurs personnes qui, elles, ont hors de tout doute le coeur à la bonne place.

Combien de gens sincères et bien intentionnés ont quitté le milieu du soccer, découragés par la présence de requins guidés par le côté obscur de la force? Combien de forces vives notre soccer a-t-il perdu de cette manière?

Il ne faut pas oublier que ces pertes, bien qu'on ne puisse les chiffrer en centaines de millions de dollars, elles, sont très lourdes aussi. Peut-être pas tant que ça quantitativement, mais ça l'est qualitativement.

Pensez-y. Et j'espère que les coupables auront au moins un petit peu honte, ou du moins la 'décence' de mieux cacher leur jeu.