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mar 04

Vivre ensemble

La FSQ a beau être un géant dans le monde du sport québécois, la co-existence avec d'autres n'est pas toujours harmonieuse. Il en reste encore à faire à ce niveau, notamment avec le sport étudiant.

Dans cette troisième et dernière partie de notre entretien avec Patrick Esparbès, le nouveau directeur général de la Fédération de soccer du Québec, celui-ci nous parle des façons de mieux veiller au développement des joueurs qui gravitent dans deux univers, soit le civil et l'étudiant, ou encore le fédéré et le non-fédéré.

La 90e MINUTE : On en est-on rendu du côté de l'harmonisation avec le sport étudiant? C'est un peu étonnant d'entendre, même en PLSQ, des entraîneurs dire qu'ils n'ont plus certains joueurs à leur disposition en vue de séries à l'automne parce qu'ils jouent à l'université ou au cégep, et qu'on les force à choisir entre les deux compétitions…

Patrick Esparbès : Nous, avec le réseau du sport étudiant, on a une excellente collaboration et on travaille à finaliser les protocoles. Ça va très bien.

90eM : Mais sur le terrain, ce n'est pas pareil.

PE : Sur le terrain, je ne veux pas généraliser, ça revient toujours à des cas d'individus, à des cas d'entraîneurs qui, dans certaines situations, s'imaginent que les joueurs leur appartiennent. Ça, c'est un problème. Et ce problème-là, il peut arriver tout autant dans le réseau universitaire, collégial ou civil. Et il peut arriver pas juste au soccer, mais dans tous les sports. Et ça, c'est un dossier qui est toujours en avant sur mon bureau; si un cas survient, je me mets là-dessus en priorité.

90eM : Il y a une solution?

PE : Il y a des solutions à tout. Selon moi, il s'agit juste que chacun des intervenants connaisse et admette ses limites, et qu'il s'attarde à ce qu'il peut apporter aux joueurs. Mais on s'entend qu'il y a tellement d'argent en jeu, tellement d'egos en jeu, que ça, c'est comme penser que John Lennon va revivre.

90eM : On est condamné à avoir deux réseaux parallèles et il faut que les joueurs choisissent?

PE : Ils ne devraient pas avoir à le faire. Ce qui arrive, très souvent, c'est que la fin de la saison civile arrive et chevauche la saison universitaire ou collégiale… C'est là que le bât blesse. C'est là que le coach de l'un et l'autre dit, hé, c'est le mien, c'est mon joueur. Non, c'est le joueur dans son évolution qui compte, si on était capable de l'accommoder et de faire un horaire pour qu'il puisse faire les deux, pourquoi pas?

90eM : C'est vrai que ça semble bien fonctionner à Québec, où les gens semblent se parler entre eux et s'arranger…

PE : Tout dépend des individus (au niveau du terrain). Je ne suis pas un spécialiste, mais selon moi, c'est faux de penser qu'il y a pas des possibilités d'accommodements d'horaire qui peuvent faire que le jeune peut (faire les deux)… Les solutions, il y a en a pour tout. Il s'agit juste d'être de bonne foi. C'est juste ça que je dis. Et ça ne veut pas dire que nous non plus, on n'a pas une introspection à faire et une analyse à faire. S'il y a des choses qui sont faisables, et que c'est juste bon pour les joueurs, l'entraîneur et le réseau, est-ce qu'on va dire non juste parce qu'on a l'autorité de dire non? Ce n'est pas nécessaire.

LE FUTSAL

90eM : La FSQ s'est lancée dans le futsal cet hiver avec la PLFQ, mais il y aussi bien d'autres sortes hybdrides de soccer; soccer sur sable, soccer avec bandes, soccer sur terrain de tennis… Jusqu'à quel point la FSQ est-elle intéressée à ramener sous son parapluie ces différentes formes de foot?

PE : Le désir de développer le futsal était dans le cadre d'un cheminement technique, de fournir un encadrement pour l'évolution des joueurs. Si la FIFA a pris le futsal sous son aile, il y a une raison, alors c'est notre devoir de le faire aussi. Dès l'instant où on me dit que le futsal, c'est la base, c'est là où bien des grands joueurs ont commencé, alors je me dis pourquoi on ne s'en occupe pas? Pour moi, c'était évident qu'il fallait le faire.

À la base, ce qu'il faut déterminer… Si c'est une nouvelle affaire à la mode comme il s'en part 50 000 à chaque année, pour voir ce que ça donne, ça on peut le laisser à d'autres, on ne veut pas nécessairement en être responsable. J'ai un mandat du gouvernement du Québec de développer le soccer, sous toutes formes… Mais ça, ça ne veut pas dire n'importe quoi. À la limite, il pourrait y avoir le beach soccer, parce qu'il y a des coupes, des sélections nationales, des compétitions qui sont reconnues mondialement.

90eM : Lors d'une autre entrevue, tu avais dit que tous les gens qui veulent jouer au soccer, il faut trouver un moyen de les faire jouer. Dans quelle mesure cette façon de voir les choses englobent les initiatives qui fonctionnent en dehors des cadres du soccer fédéré? Ton approche envers les gens qui évoluent en dehors des cadres est-elle inclusive, répressive?

PE : On ne force pas le cheval à boire (chez nous). Si c'est coercitif, ce n'est pas constructif. Mon objectif, c'est de convaincre les gens de venir chez nous. J'en ai à tous les jours qui veulent être avec nous, pour une chose ou une autre. Mais si tu veux juste être avec nous pour être avec nous, et juste à ta façon, on n'arrivera jamais à un terrain d'entente. On peut se parler, je peux voir s'il y a moyen de t'accommoder, mais il y a des choses qu'on ne peut pas changer. Ensuite, c'est ton choix de venir ou pas avec nous. Tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

S'APPROPRIER LA CM FÉMININE

90eM : Il y a autre chose qui te tient à coeur ces temps-ci?

PE : La Coupe du monde féminine. J'aimerais que les gens réalisent que la participation des clubs, des fans de soccer, c'est important. La Coupe du monde, qu'elle soit féminine ou masculine, il faut être conscient que ce sont les meilleures joueuses du monde qui seront ici. Les puristes vont dire, ah, c'est du féminin. Non, stop, un instant. J'aimerais ça te voir jouer contre elles.

On doit s'approprier cet événement-là, parce que non seulement ce tournoi-là ne reviendra peut-être pas de notre vivant; mais deuxièmement, on es-tu des fans de soccer ou on ne l'est pas?

90eM : Patrick Esparbès, merci.